Après 4 jours passés entre Port-au-Prince, Jacmel et Croix-des-Bouquets, on est en mesure de faire bien des constats…  tous les acteurs de la reconstruction sont confrontés au même challenge : d’une part abriter, soigner et nourrir les personnes vivant encore dans des camps et d’autre part reconstruire les infrastructures, les équipements, relancer l’éducation. Tout cela nécessite une véritable vision, une stratégie de long terme et des arbitrages.

Les incertitudes politiques paralysent les prises de décisions et le choléra mobilise beaucoup de temps, d’efforts et d’argent car c’est là encore une vraie urgence que de ralentir la contamination avant de mettre fin à l’épidémie.

Ni les Haïtiens, ni les ONG, ni la communauté internationale ne peuvent y faire face seuls.
C’est vraiment l’effort de tous, la coordination, la décentralisation et la confiance qui permettront aux Haïtiens de prendre le contrôle de leur avenir.

Et justement…

Ce qui est spectaculaire c’est la confiance de cette population à reprendre leur destin en main. Le fatalisme leur permet de survivre mais leur volonté d’avenir est grande même si ce n’est que pour retrouver leur petite activité d’avant le séisme qui bien souvent était très modeste.

PLAN joue un rôle très actif, et poursuit ses programmes d’avant le séisme (assainissement et accès à l’eau potable, éducation, protection des enfants, santé et amélioration des ressources…) tout en répondant aux nouveaux défis d’après séisme, notamment en matière de relance de l’éducation, de formation d’éducateurs et de lutte contre le choléra.

Il me faudrait des pages et des pages pour pouvoir raconter en détail la situation des Haïtiens, de leur quotidien, et le travail incroyable des équipes de PLAN en Haïti depuis un an.

Des exemples concrets sont sans doute plus parlants.

Dans le domaine de la santé :
Camp Corail, à 15 km à l’Est de Croix-des-Bouquets, est le plus important des centres de réfugiés de la région, 10 000 personnes y vivent dans des abris de fortune.  PLAN y est en charge de la santé et de la lutte contre le choléra, et y gère un centre médical. Chaque jour 90 personnes y sont accueillies (hors cas de choléra). PLAN forme, encadre et rémunère du personnel fourni par le Ministère de la Santé, présent 24h sur 24h. 3 unités sont dédiées à la petite enfance.


Construction de maisons :
A Meyer 2, camp situé à 2 km de Croix-des-Bouquets, PLAN a mis en place un programme de construction de 100 maisons en bois. Celles-ci sont en construction sur des parcelles appartenant aux familles. Il s’agit donc de donner un accès durable et permanent aux familles qui ont tout perdu dans le séisme. Chaque maison fait 20m2, est composée d’une structure en bois et d’un toit isolant et comprend un petit patio extérieur de 4m2.


Reprise de l’école :
A Croix-des-Bouquets, j’ai pu visiter un ensemble de 5 modules d’écoles provisoires. L’école Chou Fleur ! Les enfants étaient déjà rentrés en classe.  Avec leurs uniformes immaculés ils semblent vraiment apprécier le confort de leurs nouvelles classes.
Je lance une discussion avec ces enfants sur ce qu’ils apprennent et sur ce qu’ils veulent devenir. A les entendre Haïti regorgera de médecins dans quelques années ! Les secours intervenus après le séisme ont sans doute créé des vocations : autour de moi je n’avais pas moins de 14 futurs médecins, 1 futur ambulancier, 1 future infirmière et 1 futur ingénieur !

A Jacmel, je me suis rendu sur 3 sites d’écoles semi-permanentes, financées notamment  par le Centre de Crise du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes et la Fondation Solidarités SNCF. Il s’agit des écoles Marie-Reine Immaculée, Fils Eccam et Pasquette, pour laquelle RMC s’est mobilisée depuis plusieurs mois.

Ce sont des structures en bois, très bien ventilées pour le confort des élèves, antisismiques et abritant deux classes de 40 à 50 élèves. Elles ont une durée de vie si elles sont bien entretenues de 10 à 15 ans. Ces écoles provisoires remplacent des écoles qui étaient bien équipées et maintenant détruites ou inaccessibles. Il faut donc pour leurs directeurs tout  recommencer…


Rencontre aussi avec les jeunes du programme de « Youth Media »
La Présidente Caroline et Camille, qui sont en terminale, ont reçu depuis 4 ans des formations aux métiers de la communication/journalisme sous la responsabilité de PLAN : radio, écriture, théâtre, informatique, vidéo. Elles transmettent à présent ces connaissances à une équipe de 5 nouveaux jeunes qui eux-mêmes les transmettrons à des plus jeunes.

Leur préoccupation prioritaire est la défense du droit des enfants. Certains veulent d’ailleurs devenir juges ou avocats spécialisés dans le droit de l’enfance.


Prise en charge des personnes handicapées, visite de notre partenaire, l’association PAZAPA
Le lendemain dès 8h, j’ai rendez vous avec l’Association PAZAPA. Etonnante histoire d’une famille canadienne qui depuis 1987 s’occupe de 130 enfants handicapées mentaux et de 30 sourds muets pour leur apporter un encadrement scolaire. Leur maison à Jacmel qui servait aussi d’école a été détruite.
C’est Marika Mac Rae, la fille de la fondatrice décédée il y a deux ans, qui s’occupe maintenant de l’association.
PLAN leur a construit des abris provisoires sur un terrain qu’ils ont acheté, pour reprendre leur activité.

Le projet de reconstruction d’un centre est actuellement à l’étude avec un financement partiel ou total par différents bureaux PLAN.

C’est vraiment une histoire extraordinaire et une rencontre bien particulière. Cette jeune femme avec ses deux enfants mène avec diplomatie, patience et détermination la reconstruction de ses équipements pour ne pas abandonner ces enfants si déshérités mais pleins de joie de vivre. Voir la vidéo ici.


Visite d’un Centre de réhydratation orale
Ces centres sont placés par PLAN au sein des communautés les plus éloignées des centres de traitement du choléra pour permettre une action curative la plus rapide possible.
Ils sont évidemment très éloignés de Jacmel et il nous a fallu pratiquement 1h de voiture sur des pistes défoncées et une dizaine de minutes de marche pour y parvenir.
Les volontaires communautaires font un travail extraordinaire de « porte à porte » pour expliquer les mesures d’hygiène élémentaires. Ils partent dans la forêt 4 à 5h chaque jour pour joindre chaque famille et s’enquérir d’éventuelles manifestations de choléra. Autant dire la complexité de la tache quand on sait que l’eau est parfois à 1h de marche et que la défécation se fait dans la zone d’habitation !
Mais chacun le fait avec conviction, courage et constance.


Voici en quelques lignes des exemples des nombreuses avancées sur le terrain.

Je souhaiterais conclure ce billet en vous appelant à ne pas vous démobiliser, les Haïtiens vont encore avoir besoin pendant longtemps de notre soutien.

Merci encore,

A bientôt.
Alain Caudrelier, directeur de Plan France