J’avais eu l’occasion de me trouver à Port-au-Prince quelques mois avant le séisme. Mes premières impressions ne sont pourtant pas les mêmes que lors de cette visite. L’ambiance générale de Port-au-Prince – et de tout le Sud Est du pays – a bien changé  après cette catastrophe sans précédent.

A commencer par le comportement des habitants : avant, on pouvait facilement parler avec les hommes, les femmes, les jeunes ou les enfants : le contact était facile. Aujourd’hui, et on peut le comprendre, on a le sentiment qu’ils se protègent « de l’extérieur ». Ils marchent le dos courbé, se déplacent aussi rapidement que possible…

Et puis, il y a ces murs roulants que sont ces milliers de véhicules, de motos, de camions des Nations Unies, de voitures de police ou d’ambulances qui mettent des heures et des heures pour rallier leurs destinations dans un déluge de bruit, de gaz d’échappement, de pannes d’essence sur les uniques routes étroites saturées par les gravats et les centaines de tentes sur les trottoirs où essaient de survive des milliers de familles.

Les pluies sont là – généralement en fin de journée – et ces zones de survie se transforment presque en radeaux. Certains parents sont alors forcés de tenir leurs enfants les plus jeunes en restant debout, parfois toute la nuit pour éviter l’inondation. C’est pour cela que l’Etat – avec les ONG dont PLAN – veut déplacer ces villages de toiles vers l’extérieur de la capitale sur des terrains mieux adaptés pour éviter ces situations dangereuses, car il faut aussi prendre en compte le risque d’écroulement de bâtiments. Le moindre espace sécurisé  est occupé… conséquence : pour certains, la seule solution c’est de s’installer à coté ou entre les bâtiments démolis ou sur le point de l’être...

Pourtant, j’ai vu tellement d’enfants jouant aux pieds des ruines très dangereuses pour eux, mais aussi pour les passants, les véhicules. On ne peut s’empêcher de penser qu’une seule grosse secousse ferait encore des milliers de morts. La sécurisation est impossible sans interdire de nombreux axes routiers, ce qui étoufferait complètement le peu de vie économique de la ville et surtout l’approvisionnement des centres de distribution alimentaires.

Les enfants sont beaucoup moins joueurs, les adultes se renferment, les anciens restent muets, il n’y a pratiquement pas de musique dans les commerces survivants pourtant, il faut que la vie continue.

Jean-Claude Fortot